Quand du haut du coteau à travers les nuages

Du clocher je verrai la fière et longue image

Je songerai tout bas qu’au pied de cette tour

Est ta vieille maison et qu’à ses alentours

Entouré de murs bas et de grilles usées

Le cimetière contient beaucoup de mon passé

 

Et quand je franchirai le seuil de ton porche

Je me dirai ému qu’en ces murs déjà vieux

Un jour s’est éteint comme s’éteint une torche

Celui qui l’égaillait de son rire malicieux

Je reverrai ton air si grave et si sévère

Je reverrai tes traits qui passaient pour austères

Et tes grands yeux si bleus ces yeux de la Bretagne

Dont le regard brillait aux récits des campagnes

 

Nul n’entendra plus ta voix qui criait fort

Nul ne verra plus tes bras dont tout l’effort

Avaient remué la terre jusqu’en ses entrailles

Et tes mains si puissantes qui soulevaient le rail

Tout cela est parti un clair matin d’Avril

Quand déjà dans la plaine avait germé le grain

Une grande dame a glissé sur la terre fertile

                 En rosée du matin

 

La maison de mon grand-père se trouve sur la droite

Marcel Geffroy

20 Novembre 1915

12 Mars 2002