L'école écrit en 1955 : Joêl a 6 ans

 

Ce matin à la grande école j’ai conduit mon troisième enfant.

Près de la porte verte, je l’ai laissé confiant.

Et je suis reparti songeur et satisfait,

Espérant qu’il ferait ce que je n’ai pas fait.

 

Au retour cependant, en longeant la rivière

Je ramassai distrait, un caillou sur la terre

Et sur l’onde miroitante je le laissai tomber,

Etait-ce le hasard ! Ou l’avais-je fait exprès ?

 

Je ne sais, mais la vie est ainsi faite :

Que les choses les simples parfois sont des symboles !

Et cette pierre qui chut dans l’onde qui reflète,

De toute l’humanité, me résuma le rôle.

 

Ce premier petit rond doit être mon aïeul,

Le second est plus grand, son fils fait déjà mieux

Le troisième, celui qui vient heurter l’écueil ,

Cela doit être moi : comme il est faible mon dieu !

 

Il résiste pourtant et je vois plein d’espoir,

Une quatrième onde se dessiner sur l’eau

Elle part, elle part allègre comme un chant dans le soir

Ce quatrième cercle, voyez comme il est beau !

 

Image du futur, ou image de rêve

La vie pour l’être humain ne connaît pas de trêve .

Sans elle, elle s’élève ou bien elle s’engloutit

La nature jamais ne fait grâce au petit.

 

Oh! vous mes chers enfants, songeai-je en cheminant,

Peut-être connaîtrez vous ces lendemains charmants ?

Peut-être est-ce vous cette ombre qui grandit ?

Apportant toutes les joies du cœur et de l’esprit.

 

La grandeur d’un peuple est dans son instruction :

Pas celle de quelques-uns, pas celle d’une élite.

Non ce qui fera la gloire des nations

C’est d’ouvrir cette porte encore trop petite,

De cette grande école où vous êtes entrés

Cette porte devant laquelle, hélas, je suis resté.

Marcel Geffroy

20 Novembre 1915

12 Mars 2002